Malheureusement,
ce scénario idyllique s’est, au fil
des heures, transformé en cauchemar. Trois
facteurs ont contribué à cela !
Ce qui ne devait être qu’une simple
attente ,certes longue, fut en réalité
un véritable chemin de croix qui aurait
pu tourner à la catastrophe pour beaucoup
de personnes. L’incompétence, l’indifférence,
et la stupidité humaine des différents
acteurs : le Vatican, la Police Italienne et les
resquilleurs, ont transformé la journée
du 10 avril en un dangereux fiasco.

L’équipe
partie avec Europassion est arrivée pour
commencer la queue le 9 avril 2003 à 9h00,
ceci pour être dans les premiers afin d’augmenter
ses chances de réussite et être surs
de ne pas partir trop tard le lendemain en vue
de nos impératifs horaires. Nous étions
plutôt bien placés en arrivant vu
qu’il y avait à peine une trentaine
de personnes. Des slovènes avaient pris
l’initiative de distribuer des numéros
afin de lutter contre la resquille. Cela partait
d’une bonne intention sauf que, sur le papier,
nous étions notés comme étant
arrivés en 110e position… Ou étaient
passés les 80 autres ???. Le Vatican devant
mettre à disposition plus de 2000 coffrets
BE, nous avons laissé courir.
Outre
le fait que, contrairement à Saint Marin,
aucune barrière ou organisation n’avait
été déjà mise en place,
l’ambiance était plutôt bon
enfant, les drapeaux européens comme signe
de ralliement flottaient au vent, et nous avions
suffisamment de place pour nous asseoir où
nous allonger. Le temps était correct en
comparaison de celui de Saint Marin. Nous faisions
la Police de temps en temps pour empêcher
les tricheurs. Le casse-croûte du midi s’est
passé agréablement. Nous avons rencontré
une cinquantaine de Français dont la plupart
connaissaient le site. Bref on ne travaille pas
pour rien, ce qui est rassurant. Pendant ce temps
le Pape faisait un discours sur la place Saint
Pierre. Chacun s’occupait comme il le pouvait
!
Cela
a commencé à se compliquer vers
16H00 quand la police a eut l’ingénieuse
idée de faire mettre de nouvelles barrières
et d’agrandir la largeur de la zone. Le
temps de récupérer les affaires,
une centaine de personnes, allemands, biélorusses
et italiens en ont profité pour passer
devant et s’imposer tout en prenant une
part importante de la route. Sur la gauche il
y avait ceux qui pouvaient s’allonger et
sur la droite une masse de personnes qui avaient
à peine la place pour s’asseoir.
C’est dans ces conditions que nous passerons
la nuit.

Outre
la nouvelle redistribution des cartes qui rendaient
caduques de fait les numéros d’arrivée,
un autre phénomène s’est amplifié
durant la nuit c’est celui des resquilleurs.
Il y avait deux catégories : les sans foi
ni loi toujours à l’affût pour
passer devant et les sans papiers enrôlés
par des mafiosi pour leur ramener des coffrets.
Un de ces mafiosi s’était placé
à une des ouvertures et faisait rentrer
régulièrement des mexicains. Nous
apprendrons par la suite qu’ils ont été
payé 60 € pour les deux coffrets ou
30€ s’ils n’en ont qu’un.
C’est ce qu’on appelle de l’esclavage
moderne. Et tout cela sous la bénédiction
de la police italienne qui laissait systématiquement
faire, quand elle ne les aidait pas. Bref de la
vingtième place au fur et à mesure
on s’est retrouvé dans les deux cents
premiers. Il ne faut pas croire qu’on se
laissait faire, ils ne se passait pas 15 minutes
où il n’y avait une épreuve
de force, verbale la plupart du temps, ou en utilisant
les mains dans les cas extrêmes. 2000 BE,
200 places, on était encore dans les clous.

Nous
pensions attendre sagement mais dans la nuit entre
5H00 et 6H00 la foule a poussé pour avancer
alors que le Vatican n’ouvrait qu’à
10H00. Nous avons donc pris nos sacs à
dos que nous avions préparés auparavant,
nous nous sommes mis debout et nous avons attendu.
Histoire de noircir le tableau, les averses ponctuaient
notre attente. A Huit heures, la Police eut la
très mauvaise idée d’ouvrir
le couloir pour s’approcher du Vatican.
Outre qu’ils ont fait cela deux heures trop
tôt, à partir de cet instant toutes
les personnes qui se trouvaient sur la gauche
ont poussé pour atteindre l’entonnoir,
voyant cela la foule du milieu a fait de même.
De
8h00 à 14H00, c’est le temps qu’ils
nous a fallu pour faire 100 m. La pression et
les coups exercés durant des heures par
ceux qui poussaient a eu comme résultat
de faire craquer les plus faibles. Certains prenaient
un malin plaisir à taper pour avancer plus
vite. Les femmes, les personnes âgées,
les personnes de petite taille ont été
les premières victimes d’évanouissements,
voire pour certains cas de crises d’hystérie.
La pluie qui était auparavant maudite était
une bénédiction durant ces heures
et le seul moyen de se rafraîchir. Les premières
barrières commençaient à
céder. Face à cela la police italienne
s’est contentée de faire venir des
ambulances plutôt que de réguler
la queue.
Les
italiens et espagnols, fidèles à
leur réputation de machistes, étaient
heureux de chaque nouvelle défection féminine
et criaient « les femmes dehors ».
Certains faisaient exprès d’accentuer
la pression pour en faire craquer le plus possible.
Un autre aspect nous est parvenu à la fin
après avoir discuté avec les filles
du groupe. Le fait d’être serrés
comme des sardines à permis aux obsédés
sexuels d’en profiter. Cela allait de la
« classique » main baladeuse, à
des agissements plus répréhensibles.
Une des filles de nos groupes a carrément
senti derrière elle un homme qui avait
sorti son « engin ». La pression de
la foule a servi pour une fois car il était
tellement occupé avec ses mains qu’il
a été éjecté par le
premier mouvement de foule. Seul Dieu sait s’il
n’a pas été écrasé,
lui et son engin.
Les
différentes TV européennes se régalaient
du spectacle il ne manquait que les touristes
pour lancer des cacahuètes. Pendant ce
temps là le Vatican commençait sa
journée pépère. A partir
de 8H30 ils ont commencé à arroser
les différents pontifes et ambassadeurs
du clergé. A 10H00 ils ont ouvert pour
le grand public mais seulement 10 personnes toutes
les 25 minutes. De 12H00 à 13H30 fermeture
pour cause de casse croûte. Il fallait bien
qu’ils mangent eux ! Puis fermeture définitive
à 16H00. Tans pis pour ceux qui ont fait
la queue toute la nuit. Il ne fallait pas que
les fonctionnaires de la curie se cassent un ongle
tout de même.

Pour
ceux qui sont arrivés jusqu’à
la grille et ont eu la chance de passer il y avait
encore des surprises. Outre que dans les 2000
BE annoncés il ne devait en réalité
y en avoir qu’une centaine. Le Vatican stoppa
la vente à 12H00 et la remettait à
un autre jour. Si bien que tous ceux passés
après ne recevaient que le BU. Des groupes
de touristes qui visitaient le Vatican à
ce moment là en profitèrent également
pour faire la queue à l’intérieur
du Vatican. Il y avait plus qu’à
payer ! A 13H30 les employés du Vatican
avait déménagé et avait multiplié
les points de ventes pour faire passer plus de
monde à la fois. Mieux vaut tard que jamais
! Outre l’amabilité du personnel
qui à une question posée répondait
« dégage » en italien, le Vatican
était devenu tellement pressé de
faire passer les gens sur un point de vente qu’il
y eut des dégâts collatéraux.
Certaines personnes se retrouvèrent à
la sortie sans avoir eu de BU (Sic)

Tous
cela pour dire que derrière l’inefficacité
de la police, le comportement de requins de certaines
personnes, le problème essentiel était
l’inorganisation de la Manifestation. Le
fait de faire comme si cela était un jour
ordinaire montre le peu de respect et l’inconscience
du Vatican. Tout cela aurait pu être évité.
Il faut croire que du haut de leurs nuages ils
n’ont plus conscience de grand-chose. Ont-ils
compris ce qui s’est passé pour pouvoir
rectifier le tir pour une prochaine fois ? Au
Royaume des aveugles les borgnes sont rois !